— Ne fuis pas, la coupa Morgane d’une voix douce. Je fais ce métier sale, oui. Mais avant tout… je suis aussi une mère. Quand j’ai vu ton dossier, quand j’ai étudié votre vie, quand j’ai vu les visages de tes 2 enfants sur les photos de surveillance… j’ai eu la nausée. J’ai compris que vous n’aviez rien à voir avec ses erreurs. Vous étiez des victimes collatérales.
Morgane marqua une longue pause, laissant le poids de ses mots s’installer.
— Alors, j’ai proposé un accord secret à Antoine, dans le dos de mes patrons.
— Quel accord ? demanda Claire, le souffle court.
— Qu’il liquide tout ce qu’il pouvait. Qu’il vende les meubles en urgence pour payer une première tranche. Qu’il disparaisse totalement de la circulation, qu’il coupe tout contact avec vous à vie. En échange, je falsifiais les rapports. Je disais à mes patrons qu’il s’était enfui à l’étranger, seul, et que sa famille n’avait plus aucune valeur de pression. Je garantissais qu’on vous laisserait tranquilles pour toujours.
Le silence retomba. Lourd. Irréversible.
— Et il a accepté ?
— Il a pleuré pendant 2 heures dans mon bureau, avoua Morgane. Mais il a accepté. Il n’avait pas d’autre choix.
Claire fixa le vide. Son mari, son amour de jeunesse, était parti. Pour toujours.
— Il est… en vie ?
Morgane hésita, baissant brièvement les yeux.
— Oui. Mais vous ne le reverrez jamais. S’il s’approche de vous, ils vous tueront tous. C’est le prix de votre liberté.
Les larmes de Claire coulèrent à flots continus. Pas des cris de rage. Pas des hurlements. Juste la douleur sourde, abyssale, d’un deuil impossible. La réalité était trop cruelle, trop immense pour être combattue.
— Et maintenant ? sanglota-t-elle, perdue dans ce salon immense et nu. Qu’est-ce que je vais devenir avec 2 enfants et 10 000 euros ?
Morgane poussa le lourd dossier vers le bord de la cheminée.
— Maintenant… tu recommences. Avec ça.
Elle sortit un dernier document. Officiel. Signé par un notaire. Tamponné.
— La maison est à ton nom, Claire. Uniquement au tien. Antoine a fait un transfert de propriété exclusif il y a 5 mois, quand il a senti que les choses dérapaient, bien avant que mes patrons ne saisissent ses comptes. Cette maison est intouchable. Elle t’appartient à 100 %.
Claire prit le papier, les mains tremblantes. C’était vrai. L’acte notarié était là.
— Et les 10 000 euros que tu m’as donnés sous la pluie ?
— C’était le dernier compte d’épargne d’Antoine. L’argent propre. Il m’a suppliée de te le donner en main propre pour que tu puisses racheter des meubles, payer les factures, redémarrer. Pour que tu ne dépendes de personne.